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One Health : définition, plan d'action et cas West Nile

One Health : définition, plan d'action et cas West Nile

Par Julien P.

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Julien P.

Le 29 septembre 2004, un symposium organisé à l'université Rockefeller, à New York, par la Wildlife Conservation Society, a donné les principes de Manhattan, origine du concept moderne de One Health. La définition que retiennent aujourd'hui les organisations internationales n'a été publiée que le 1er décembre 2021, et le plan d'action qui la met en œuvre porte encore « 2022-2026 » dans son titre alors que sa prolongation jusqu'en 2029 a été annoncée le 14 août 2026.

Entre ces trois dates, l'approche a surtout gagné un vocabulaire, des institutions et un calendrier. Ses textes se lisent à la source, et elle se vérifie sur un cas de terrain : la surveillance croisée du virus West Nile en France, dont la saison 2026 est en cours.

One Health relie santé humaine, animale et environnement en les traitant comme interdépendantes : selon la définition du panel d'experts de 2021, il s'agit d'équilibrer et d'optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. En pratique, cela se traduit par un plan d'action conjoint à six domaines et par des dispositifs de surveillance croisée.

Qui a défini One Health, et à quelle date ?#

Deux dates voisines ne désignent pas le même geste. Le panel One Health High-Level Expert Panel (OHHLEP) a été lancé le 20 mai 2021 par la FAO, l'OIE, le PNUE et l'OMS. Sa définition a été publiée le 1er décembre 2021, quand les quatre organisations ont dit accueillir la définition opérationnelle de leur panel consultatif. L'OIE s'appelle aujourd'hui OMSA (WOAH en anglais).

Selon l'OMS (11 juin 2021), 26 experts internationaux ont été nommés en mai 2021, sur plus de 700 candidatures. Selon la fiche de l'OMS mise à jour le 8 mai 2026, le panel est un mécanisme consultatif indépendant, au service de la quadripartite, dont l'OMS assure le secrétariat. La quadripartite elle-même est plus tardive : le protocole d'accord signé le 17 mars 2022 fait entrer le PNUE, comme partenaire à part égale, dans l'ancienne tripartite (FAO, OIE, OMS), d'après le communiqué de l'OMS du 29 avril 2022.

Deux textes de l'OMS portent la définition, et ils ne disent pas exactement la même chose.

TexteSource et dateFormulation
Définition du panel, version anglaiseOMS, communiqué du 1er décembre 2021"One Health is an integrated, unifying approach that aims to sustainably balance and optimize the health of people, animals and ecosystems."
Définition du panel, traduction française officielleOMS, version française du même communiqué« Le principe « Une seule santé » consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. »
Fiche « Une seule santé »OMS, mise à jour le 8 mai 2026« santé des humains, des animaux, des végétaux et des écosystèmes » (extrait, sans « durablement »)

Le communiqué du 1er décembre 2021 poursuit : la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l'environnement au sens large, écosystèmes compris, est étroitement liée et interdépendante. Les végétaux n'apparaissent donc qu'à la deuxième phrase de la définition du panel, alors que la fiche de 2026 les place dans la première et omet « durablement ». Je cite la définition du panel quand il s'agit de définir, et la fiche de 2026 quand il s'agit de décrire l'usage actuel : les deux formulations ne sont pas interchangeables.

Selon le même communiqué, l'approche mobilise des secteurs, des disciplines et des communautés multiples, à différents niveaux de la société, autour de thèmes comme l'eau propre, l'énergie, l'air, l'alimentation sûre et nutritive, le climat et le développement durable. La version publiée par les membres du panel dans PLoS Pathogens le 23 juin 2022 termine autrement l'énumération : elle écrit "healthy food, water, energy, and air", soit une alimentation saine, de l'eau, de l'énergie et de l'air, là où le communiqué parle d'eau propre et d'alimentation sûre et nutritive. Cette énumération recoupe en partie le nexus eau-énergie-alimentation, et la « santé des écosystèmes » de la définition renvoie à ce que rendent les milieux vivants, le terrain des services écosystémiques.

Côté animal, la fiche de l'OMS de 2026 écrit : « Plus de 60 % des maladies infectieuses émergentes notifiées dans le monde proviennent d'animaux, qu'ils soient sauvages ou domestiques. » Le mécanisme de passage d'une espèce à l'autre est décrit dans l'article sur la zoonose.

Que contient le plan d'action conjoint, et jusqu'à quand court-il ?#

Son titre exact, en anglais : One Health Joint Plan of Action (2022-2026). Working together for the health of humans, animals, plants and the environment, publié par la FAO, le PNUE, l'OMS et l'OMSA à Rome en 2022 (DOI 10.4060/cc2289en). La version française, datée de Rome, 2023, s'intitule Plan d'action conjoint «Une seule santé» (2022-2026). Travailler ensemble pour des êtres humains, des animaux, des végétaux et un environnement en bonne santé (DOI 10.4060/cc2289fr).

Selon le communiqué de l'OMS du 17 octobre 2022, la quadripartite l'a lancé ce jour-là. C'est un plan quinquennal qui s'appuie sur six domaines d'action.

DomaineIntitulé
1Augmenter les capacités « Une seule santé » pour renforcer les systèmes de santé
2Réduire les risques liés aux épidémies et pandémies de zoonoses émergentes et réémergentes
3Maîtriser et éliminer les zoonoses endémiques, les maladies tropicales négligées et les maladies à transmission vectorielle
4Renforcer l'évaluation, la gestion et la communication des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments
5Freiner la pandémie silencieuse de résistance aux antimicrobiens
6Intégrer l'environnement dans l'approche « Une seule santé »

Le plan retient aussi trois voies de changement : politique, législation, plaidoyer et financement ; développement organisationnel, mise en œuvre et intégration sectorielle ; données, preuves et connaissances.

Le titre qui porte « 2022-2026 » est désormais périmé. Le 14 août 2026, l'OMSA a annoncé que la quadripartite prolonge le plan jusqu'en 2029, renouvelle son protocole d'accord jusqu'en 2030 et prévoit une revue structurée pendant la prolongation pour préparer la phase suivante. L'OMSA écrit que la prolongation « will provide countries with greater predictability », soit, en traduction de ma main, qu'elle apportera aux pays une plus grande prévisibilité.

Le panel suit le même mouvement. Les engagements de Lyon, publiés par l'Élysée, rapportent que la quadripartite a annoncé pendant le sommet la prolongation de son mandat en cours jusqu'en 2027 et le lancement d'une troisième phase pour 2027-2029. Le second mandat que la page de l'OMS consacrée au panel donnait d'avril 2024 à avril 2026 n'est donc plus la borne à retenir. L'événement a son propre article : le sommet One Health de Lyon s'est tenu en avril 2026.

Le principe a aussi une entrée dans le droit international en préparation. L'accord de l'OMS sur les pandémies, résolution WHA78.1 adoptée le 20 mai 2025, consacre son article 5 au « Principe « Une seule santé » à l'appui de la prévention, de la préparation et de la riposte face aux pandémies ». Selon l'OMS (communiqué du 1er mai 2026), l'accord n'est pas ouvert à la signature : son annexe sur l'accès aux agents pathogènes et le partage des avantages reste en négociation.

Qui surveille quoi, en France, pour le virus West Nile ?#

Le virus West Nile illustre l'approche parce que son cycle traverse les trois santés. Selon Santé publique France, le réservoir principal est aviaire et la transmission passe par des moustiques du genre Culex ; l'humain et le cheval sont des culs-de-sac épidémiologiques, leur virémie étant insuffisante pour infecter un moustique. Chez l'humain, l'infection est asymptomatique ou peu symptomatique dans 80 % des cas, avec de la fièvre dans 20 % des cas et des formes neuro-invasives dans environ 1 %.

Santé publique France décrit sa surveillance comme « organisée en quatre volets : humain, équin, aviaire et entomologique » et la présente comme relevant de l'approche « une seule santé ». Le tableau ci-dessous précise qui fait quoi, d'après ses bulletins du 6 mai 2026 et du 30 septembre 2026.

VoletQui surveilleCe qui est suivi
HumainProfessionnels de santé, agences régionales de santé (ARS), Santé publique France, CNR des arbovirusSignalement obligatoire depuis 2021 ; surveillance renforcée du 1er mai au 30 novembre
ÉquidésRéseau de vétérinaires RESPESignalement obligatoire de la forme neuro-invasive ; surveillance syndromique des syndromes nerveux
Oiseaux sauvagesLaboratoire de santé animale de l'ANSES (LNR West Nile) et OFBMortalité des oiseaux sauvages
Moustiques CulexEntomologistes et opérateurs de démousticationCirculation du virus chez le vecteur ; place du volet encore évaluée par des travaux de recherche opérationnelle, selon le bilan de la saison 2025

Le but, selon le bulletin du 6 mai 2026, est de détecter tôt la circulation du virus pour sécuriser les produits issus du corps humain (sang, tissus, organes) et prévenir les formes graves.

Le quatrième volet demande une précision de périmètre. Dans son bilan de la saison 2025, publié le 6 mai 2026, Santé publique France écrit que des travaux de recherche opérationnelle sont en cours pour évaluer la place de la surveillance du vecteur Culex. Les quatre volets ne forment donc pas quatre dispositifs nationaux de routine : le piégeage de moustiques n'est pas systématique partout.

Le cheval y tient le rôle de sentinelle, une notion que décrit l'article sur les bioindicateurs et espèces sentinelles. Selon l'AVEF (31 mars 2026), la notification d'un cas équin est relayée en santé publique pour sécuriser les dons de sang et d'organes, et la surveillance animale est passive : seuls les cas avec signes cliniques sont investigués. Pour la saison 2025, l'AVEF dénombre 66 cas équins diagnostiqués dans 14 départements et au moins 12 chevaux morts.

Ce que la chaîne a donné en 2026, de l'Île-de-France au niveau national#

Le point épidémiologique d'Île-de-France de Santé publique France, publié le 23 septembre 2026 (semaine 38), donne une séquence datée. La présence du virus a été mise en évidence en mai 2026, quand il a été identifié dans des excrétas de moustiques d'un piège du Val-de-Marne. Depuis juin 2026, le laboratoire national de référence de l'ANSES a détecté 7 cas aviaires positifs dans 5 départements : Paris, Seine-et-Marne, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne et Val-d'Oise. Huit chevaux symptomatiques ont été testés positifs, dans l'Essonne, en Seine-et-Marne, dans le Val-de-Marne et le Val-d'Oise.

Côté humain, les premiers signes sont apparus à la mi-juillet. Le bulletin compte 20 cas autochtones au 21 septembre 2026, dont 11 formes neuro-invasives et 2 décès. Lue dans l'ordre, la séquence place le signal entomologique et animal avant le signal humain.

À l'échelle nationale, le bulletin de Santé publique France publié le 30 septembre 2026 compte 145 cas autochtones au 28 septembre 2026, soit 28 de plus en une semaine, dans 7 régions, avec 12 départements touchés pour la première fois. Ces chiffres sont provisoires : la surveillance renforcée court jusqu'au 30 novembre. Ils se comparent mal aux 62 cas de la saison 2025, qui est un total de saison complète, dans 17 départements et 6 régions dont trois touchées pour la première fois (Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Normandie). Le total partiel de 2026 dépasse pourtant déjà celui de 2025, lui-même un record devant 2018 (27 cas), 2023 (39) et 2024 (38). En 2025, 20 formes neuro-invasives (32 %) et 5 décès (8 %) avaient été comptés.

Ce qui m'a arrêté à la lecture du bulletin du 6 mai 2026 tient à la colonne des modes de détection : sur les 62 cas de 2025, 47 ont été signalés par des professionnels de santé, 8 repérés par le dépistage des donneurs de sang de l'Établissement français du sang et 7 retrouvés par rattrapage de laboratoire. Le dépistage préventif des dons, mené du 1er juillet au 30 novembre 2025 dans 5 départements à risque (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Gironde, Hérault, Var) puis étendu à 19 départements en cours de saison, n'apporte donc que 8 détections sur 62. Ma lecture : un dépistage de dons sert à les sécuriser, pas à compter des cas, et le mesurer en nombre de cas le sous-estime.

En Italie, une détection animale déclenche le dépistage des dons de sang#

En Émilie-Romagne, la règle est écrite. Selon Paternoster et al. (PLoS ONE, 27 novembre 2017), depuis 2013, la confirmation du virus chez n'importe quelle espèce surveillée (oiseaux, chevaux, moustiques, humains) dans une province déclenche le test individuel d'amplification des acides nucléiques (NAT) des dons de sang de cette province jusqu'au 30 novembre. De 2009 à 2012, seul un cas humain neuro-invasif le déclenchait.

(Un détecteur de fumée posé dans le couloir protège la chambre : sa valeur tient à ce que quelqu'un ait décidé, avant l'incendie, ce que l'on fait quand il sonne. La règle d'Émilie-Romagne tient en une ligne, ce qui la rend lisible.)

Selon la même évaluation, dont les auteurs sont liés au dispositif, l'alerte animale et entomologique a permis en 2013 et 2014 de détecter 6 dons de sang infectés dans 3 provinces avant le premier cas humain. L'étude estime que l'approche One Health a représenté une économie de 160 921 euros sur 2009-2015 par rapport à un scénario sectoriel, et donne le bénéfice sanitaire évité dans une fourchette de 0 à 2,98 millions d'euros. Cette estimation vient d'une seule étude et d'une seule région ; l'article sur les cobénéfices climat-santé montre combien l'évaluation économique d'un bénéfice de santé dépend de ses hypothèses.

L'année 2018 fournit l'autre repère italien. Selon Riccardo et al. (Eurosurveillance, 9 août 2018), la première détection date du 7 juin 2018, dans un lot de moustiques Culex de la province de Rovigo, en Vénétie ; le premier cas humain confirmé y a présenté ses symptômes 9 jours plus tard. L'étude conclut que la circulation virale a été détectée 9 jours avant le début des symptômes de ce cas.

Deux échelles à ne pas confondre : 160 921 euros portent sur une région et la période 2009-2015, 9 jours sur une province en 2018. Ni l'une ni l'autre ne se transpose telle quelle à la France : la première compte des euros économisés, la seconde une avance de détection.

Les limites d'une approche parfois réduite à un label#

Dans The Conversation (25 février 2026), Marisa Peyre et François Roger, du Cirad, décrivent un écart entre le concept et sa mise en œuvre : fragmentation institutionnelle entre santé, agriculture et environnement ; projets financés à court terme et fléchés sur les seules zoonoses ; concept parfois réduit à un slogan ou à une gestion biomédicale des zoonoses.

Les ordres de grandeur financiers circulent avec des attributions flottantes. Une estimation avance que les efforts One Health pourraient rapporter au moins 37 milliards de dollars des États-Unis par an à la collectivité mondiale : elle vient de la FAO et de la Banque mondiale, rapportée par l'OMS le 3 novembre 2023, et elle n'émane ni de l'OMS ni de la quadripartite.

Je donne plus de poids au plan qu'à la définition pour juger l'approche : une phrase sur l'équilibre durable ne se vérifie pas, six domaines et un calendrier prolongé jusqu'en 2029 se vérifient. C'est un arbitrage de lecture, et le sixième domaine, qui place l'environnement en dernier dans la liste, mérite d'être suivi avec la même exigence.

Foire aux questions#

Quelle est la définition de One Health selon l'OMS ?#

Le 1er décembre 2021, l'OMS a publié la définition de son panel d'experts : une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. La fiche de l'OMS du 8 mai 2026 emploie une formulation voisine, « santé des humains, des animaux, des végétaux et des écosystèmes », sans « durablement ».

Le plan d'action conjoint One Health s'arrête-t-il en 2026 ?#

Non. Le plan porte « 2022-2026 » dans son titre, mais l'OMSA a annoncé le 14 août 2026 sa prolongation jusqu'en 2029, avec un protocole d'accord quadripartite renouvelé jusqu'en 2030. Le mandat du panel d'experts, lui, est prolongé jusqu'en 2027 selon les engagements de Lyon, avec une troisième phase pour 2027-2029.

Quels sont les six domaines d'action du plan ?#

Selon le plan : les capacités One Health pour les systèmes de santé ; les zoonoses émergentes et réémergentes ; les zoonoses endémiques, les maladies tropicales négligées et les maladies à transmission vectorielle ; la sécurité sanitaire des aliments ; la résistance aux antimicrobiens ; l'intégration de l'environnement dans l'approche.

Qui surveille le virus West Nile en France ?#

Santé publique France décrit quatre volets : humain, équin, aviaire et entomologique. Les professionnels de santé, les ARS et le CNR des arbovirus suivent les cas humains, le réseau RESPE les chevaux, l'ANSES et l'OFB les oiseaux. Le volet moustiques n'est pas un dispositif national de routine. Au 28 septembre 2026, on comptait 145 cas autochtones, chiffre provisoire.

Que prévoit l'Émilie-Romagne quand le virus est détecté chez un animal ?#

Selon Paternoster et al. (PLoS ONE, 2017), depuis 2013, la confirmation du virus chez n'importe quelle espèce surveillée dans une province déclenche le test individuel des dons de sang de cette province jusqu'au 30 novembre. De 2009 à 2012, seul un cas humain neuro-invasif le déclenchait.

Sources#

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