On imagine une marée noire comme l'affaire d'un pétrolier éventré. Larousse en retient pourtant trois origines, et le naufrage d'un navire n'est qu'un cas de l'une d'elles.
Selon l'Office québécois de la langue française, une marée noire est l'arrivée sur les rivages, sous l'effet de la marée et des vents, d'une quantité importante de pétrole brut ou de produits pétroliers déversés en mer accidentellement. Larousse parle d'un déversement en mer d'une quantité importante de pétrole brut ou de produits pétroliers lourds.
Pour les chiffres, je m'appuie sur le bilan du CNEXO, sur l'ITOPF et sur le Cedre, et je dis à chaque fois lequel parle. Deux naufrages, l'Amoco Cadiz en 1978 et l'Erika en 1999, en fournissent les exemples.
Quelles sont les trois origines d'une marée noire ?#
Larousse en distingue trois : un accident lors de l'extraction pétrolière, sur une plate-forme ; un accident de transport, avec le naufrage d'un pétrolier ou la rupture d'une canalisation ; un accident industriel dans une usine en bord de mer. Pour la plate-forme, Connaissance des énergies cite l'explosion de Deepwater Horizon, en avril 2010 dans le golfe du Mexique, qui a fait 11 morts, bilan que donne aussi l'U.S. Chemical Safety Board, et provoqué, écrit le site, « une pollution sans précédent du littoral ».
Pour le transport par mer, l'ITOPF tient une base des déversements de navires-citernes, combined carriers, FPSO et barges compris. Sur les déversements de plus de 7 tonnes recensés entre 1970 et 2025, la plupart ont eu pour causes les abordages ou collisions (« Allisions/Collisions ») et les échouages (« Groundings »). Ces volumes sont confirmés, et les actes de guerre n'y figurent pas.
Pour situer la part des déversements de pétroliers, un rapport du National Research Council, annoncé par un communiqué de mai 2002, attribue moins de 8 % des apports de pétrole d'origine humaine dans les eaux d'Amérique du Nord aux déversements de pétroliers ou de pipelines. Le chiffre date de 2002 et ne vaut que pour cette région : il ne se lit pas comme une moyenne mondiale.
Que fait le pétrole au milieu marin ?#
L'ITOPF retient deux mécanismes : l'étouffement physique et les effets toxiques, dont l'étude relève de l'écotoxicologie. Un déversement important d'une huile très persistante peut causer de vastes dégâts sur l'estran par étouffement. Le fioul lourd en est un exemple. Les huiles dites persistantes regroupent les bruts, les fiouls, les huiles de graissage et les qualités lourdes de diesel marin.
Les effets sont attendus plus forts, et plus durables, là où la dilution est ralentie : sédiments vaseux, zones fermées. Pour les oiseaux, l'ITOPF rappelle que le plumage piège l'air chaud contre la peau et assure à la fois la flottabilité et l'isolation.
Amoco Cadiz, 1978 : ce que dit le bilan du CNEXO#
Selon le bilan écologique du CNEXO (rapport n° 40, février 1979), le pétrolier Amoco Cadiz s'échoue sur les côtes bretonnes le 16 mars 1978 et libère 223 000 tonnes de pétrole brut. Au cours du premier mois, la pollution s'étend d'ouest en est sur 350 km de côtes, et les zones les plus atteintes sont les estuaires et les baies semi-fermées.
Le rapprochement est le mien : ces zones d'atteinte maximale ressemblent fort à celles où, selon l'ITOPF, la dilution est ralentie. Le CNEXO décrit de son côté une décontamination considérablement ralentie dans les secteurs abrités, tels les estuaires et les baies.
J'ai lu ce bilan en entier. Ce qui m'a le plus frappé n'est pas le tonnage, mais les listes d'espèces : c'est là qu'on voit ce qu'une marée noire emporte, et c'est ce qu'on perd quand on la résume à un chiffre.
Le Cedre chiffre la cargaison à 223 000 tonnes de brut, et l'ITOPF donne le même volume. La valeur de référence reste celle du CNEXO. Larousse écrit 220 000 tonnes d'hydrocarbures, et Connaissance des énergies près de 225 000 tonnes ; je cite chacun avec son auteur. Pour le littoral, le Cedre retient 360 km entre Brest et Saint-Brieuc, là où le CNEXO écrit 350 km. Le Cedre présente l'Amoco Cadiz comme la plus grande marée noire par échouement d'un pétrolier jamais enregistrée.
Côté oiseaux, le CNEXO relève plus de 4 500 oiseaux englués ramenés sur les plages du nord-ouest de la France et des îles Anglo-Normandes en mars 1978. Ce chiffre ne dit pas combien étaient morts. Le rapport estime qu'un minimum de 3 450 oiseaux ont péri ensuite, pour le seul Finistère, et ajoute qu'il semble que la mortalité calculée à partir des cadavres collectés soit fortement sous-évaluée. Le Cedre avance, de son côté, 19 000 à 37 000 oiseaux morts : deux mesures différentes, dont l'une ne sert pas de total à l'autre.
Sur les plages, le CNEXO relève une mortalité très forte chez les coques, les couteaux, les mactres et les palourdes. Le Cedre chiffre à 6 400 tonnes les huîtres perdues. Le cadre général de ces pertes, c'est la biodiversité marine et ses menaces.
Combien de temps dure le retour à la normale ?#
Dans l'eau de mer, les teneurs en hydrocarbures sont revenues à la normale généralement au bout de trois mois, selon le CNEXO, mais beaucoup plus lentement dans les secteurs abrités. Pour les écosystèmes de l'Amoco Cadiz, le Cedre donne 6 à 7 ans de rétablissement. L'ITOPF, dans son guide général sur les effets des déversements, parle en général de quelques cycles saisonniers et d'un à trois ans pour la plupart des habitats, les mangroves faisant exception.
Ces trois durées ne mesurent pas la même chose : la teneur de l'eau, les écosystèmes d'un accident précis, la plupart des habitats en général. Au bout du compte, selon l'ITOPF, le milieu marin élimine en général le pétrole répandu par un processus de long terme, la biodégradation. Le même mot revient pour les sols, dans notre article sur la bioremédiation.
Erika, 1999 : les chiffres mis en regard#
Selon l'ITOPF, le pétrolier maltais Erika, qui transportait quelque 31 000 tonnes de fioul lourd, se brise en deux dans une forte tempête du golfe de Gascogne, le 12 décembre 1999. Le tableau place ses chiffres face à ceux de l'Amoco Cadiz.
| Chiffre | Amoco Cadiz (1978) | Erika (1999) |
|---|---|---|
| Date de l'accident | 16 mars 1978 (CNEXO) | 12 décembre 1999 (ITOPF) |
| Cargaison | Pétrole brut, 223 000 tonnes (Cedre) | Fioul lourd, environ 31 000 tonnes (ITOPF) |
| Pétrole déversé | 223 000 tonnes (CNEXO) | Environ 19 800 tonnes (ITOPF) |
| Côtes touchées | 350 km le premier mois (CNEXO) | Environ 400 km entre le Finistère et la Charente-Maritime, pollution intermittente (ITOPF) |
Pour l'Erika, l'ITOPF estime que moins de 3 % du volume déversé a été récupéré en mer pendant les opérations. À terre, entre 190 000 et 200 000 tonnes de déchets huileux ont été collectées sur le littoral, toujours selon l'ITOPF. Le Cedre avance 200 000 oiseaux morts, et indique que la pêche, la conchyliculture et la filière salicole ont été touchées, avec des mesures sanitaires mises en place.
Les déversements de pétroliers reculent-ils ?#
Selon l'ITOPF, le nombre de déversements de plus de 7 tonnes provenant de pétroliers a baissé de plus de 90 % depuis les années 1970, et il a peu changé au cours de la dernière décennie. Sur les 20 plus gros déversements recensés, 19 datent d'avant l'an 2000. La moyenne de la décennie en cours est de sept déversements par an, d'après le communiqué du 23 janvier 2026.
| Année | Déversements de plus de 7 tonnes | Volume perdu | Source |
|---|---|---|---|
| 2024 | Dix, autant qu'en 2023 | Environ 10 000 tonnes | ITOPF, statistiques publiées le 16 janvier 2025 |
| 2025 | Six : trois de plus de 700 tonnes, trois de 7 à 700 tonnes | Environ 4 000 tonnes | ITOPF, communiqué du 23 janvier 2026 |
Faut-il lire 223 000 tonnes en 1978 et 4 000 tonnes en 2025 comme un recul du risque, ou comme la rareté des grands naufrages ? Je ne tranche pas, faute de critère objectif pour départager les deux lectures : le premier chiffre est le volume d'un seul navire, le second le total d'une année de déversements de pétroliers.
Questions fréquentes#
Une marée noire vient-elle forcément d'un pétrolier ?#
Non. Larousse retient trois origines : l'extraction pétrolière sur une plate-forme, le transport (naufrage d'un pétrolier, rupture d'une canalisation) et l'accident industriel dans une usine en bord de mer. Connaissance des énergies cite l'explosion de Deepwater Horizon, en avril 2010 dans le golfe du Mexique, qui a fait 11 morts, bilan que donne aussi l'U.S. Chemical Safety Board.
Quelles sont les causes les plus fréquentes des déversements de pétroliers ?#
Selon l'ITOPF, la plupart des déversements de plus de 7 tonnes recensés entre 1970 et 2025 ont pour causes les abordages ou collisions et les échouages. Ces statistiques portent sur la base ITOPF des navires-citernes, combined carriers, FPSO et barges compris, avec des volumes confirmés et hors actes de guerre.
Combien d'oiseaux sont morts après l'Amoco Cadiz ?#
Deux mesures coexistent. Le CNEXO compte plus de 4 500 oiseaux englués ramenés sur les plages en mars 1978, un chiffre qui ne dit pas combien étaient morts, et estime à 3 450 au minimum ceux qui ont péri ensuite dans le seul Finistère. Le Cedre avance 19 000 à 37 000 oiseaux morts. L'une ne sert pas de total à l'autre.
Combien de temps un milieu met-il à se remettre ?#
Cela dépend de ce qu'on mesure. Dans l'eau de mer, le CNEXO relève un retour à la normale généralement au bout de trois mois, beaucoup plus lent dans les secteurs abrités. Le Cedre donne 6 à 7 ans pour les écosystèmes de l'Amoco Cadiz. L'ITOPF cite en général un à trois ans pour la plupart des habitats, les mangroves faisant exception.
Les déversements de pétroliers reculent-ils ?#
Selon l'ITOPF, le nombre de déversements de plus de 7 tonnes a baissé de plus de 90 % depuis les années 1970. Il y en a eu dix en 2024 et six en 2025, pour environ 10 000 tonnes perdues en 2024 et environ 4 000 tonnes en 2025.
Sources#
- Marée noire, Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française, consulté le 21 octobre 2026
- Marée noire, Larousse encyclopédie, consulté le 21 octobre 2026
- Transport maritime : quelles sont les plus grandes marées noires des dernières décennies, Connaissance des énergies, consulté le 21 octobre 2026
- Oil Tanker Spill Statistics 2025, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- ITOPF publishes 2025 oil tanker spill statistics, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- ITOPF Oil Tanker Spill Statistics for 2024, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- Macondo Blowout and Explosion, U.S. Chemical Safety Board, consulté le 21 octobre 2026
- Oil in the Sea: Inputs, Fates and Effects, National Academies, consulté le 21 octobre 2026
- TIP 13, Effects of Oil Pollution on the Marine Environment, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- Fate of Oil Spills, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- Bilan écologique de la pollution de l'Amoco Cadiz, CNEXO, rapport n° 40, février 1979, consulté le 21 octobre 2026
- Amoco Cadiz, fiche accident, Cedre, consulté le 21 octobre 2026
- Erika, fiche accident, Cedre, consulté le 21 octobre 2026
- Erika, West of France 1999, ITOPF, consulté le 21 octobre 2026
- Image : Plage mazoutée par la marée noire de l'Erika : Credit: Stephane Lesbats, Wikimedia Commons, CC BY 4.0, image recadrée





