Une journée où quatre polluants sur cinq restent sages peut très bien s'afficher en rouge sur la carte de votre commune. Ce n'est ni une erreur de l'application ni une moyenne mal faite : l'indice ATMO n'est pas une moyenne du tout, et c'est précisément ce que la plupart des pages qui en parlent oublient de dire.
L'indice ATMO se calcule chaque jour, pour une commune ou une intercommunalité, à partir de cinq polluants : dioxyde de soufre, dioxyde d'azote, ozone, PM10 et PM2,5. Chacun reçoit un sous-indice selon une grille de seuils fixée par l'arrêté du 10 juillet 2020. L'indice du jour est égal au sous-indice le plus dégradé.
Que dit vraiment l'arrêté du 10 juillet 2020 ?#
Le texte de référence est l'arrêté du 10 juillet 2020 relatif à l'indice de la qualité de l'air ambiant (NOR TRER2017892A), qui précise que l'outil « prend l'appellation d'indice « ATMO » ». Ses dispositions s'appliquent depuis le 1er janvier 2021, et la version en vigueur consultée sur Légifrance le 27 septembre 2026 reste celle du 1er janvier 2021 : le texte n'a pas été modifié depuis.
L'arrêté définit l'indice comme un outil de communication, qui associe une couleur et un qualificatif, et pose le cadre géographique en une phrase : « Un indice est calculé pour une journée et pour une zone géographique représentative, ci-après dénommée zone. » Cette zone se situe au sein d'un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Atmo France le formule plus simplement : « L'indice ATMO est calculé quotidiennement à l'échelle de chaque commune ou au maximum à l'échelle intercommunale. » Selon l'Anses, c'est l'article R. 221-5 du code de l'environnement qui prévoit la mise à disposition de cet indice « calculé et publié chaque jour ».
Deux précisions de l'arrêté changent la lecture qu'on peut faire d'une carte :
- L'indice décrit la pollution de fond. L'article 4 exige une valeur « représentative de la qualité de l'air dans cette zone en situation de fond », ce qui exclut la proximité immédiate d'un axe routier. Si vous habitez au bord d'un boulevard très circulé, l'indice de votre commune ne mesure pas ce que vous respirez à votre fenêtre, il mesure le niveau de fond de la zone.
- Le calcul est public. L'article 5 impose aux associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (AASQA) de publier sur leur site les zones, la liste des stations et « une notice technique expliquant le calcul de l'indice ».
Traduit dans les faits : la notice de votre AASQA régionale est le document à ouvrir si vous voulez savoir quelles stations alimentent l'indice de votre commune.
Étape 1 : un sous-indice par polluant, chacun avec son pas de temps#
L'article 3 pose le principe : « Un indice est le résultat agrégé de la surveillance de cinq polluants atmosphériques ». Ces cinq polluants sont le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d'azote (NO2), l'ozone (O3), les particules PM10 et les particules PM2,5.
Le point que les pages grand public passent sous silence tient à l'annexe I : les cinq polluants ne sont pas évalués sur la même durée. Deux familles coexistent.
- Les trois gaz (SO2, NO2, O3) : l'AASQA retient le maximum des maxima horaires journaliers. Pour le dioxyde d'azote, l'annexe écrit que « l'AASQA calcule le maximum des maxima horaires journaliers de dioxyde d'azote ». Une seule heure chargée suffit donc à fixer le sous-indice de la journée.
- Les deux familles de particules (PM10, PM2,5) : l'AASQA retient le maximum des moyennes journalières. Pour les PM2,5, l'annexe parle du « maximum des moyennes journalières de particules de diamètre aérodynamique inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5) ». Une pointe brève est lissée par la moyenne sur la journée.
Ce détail change la lecture du texte. Un pic d'ozone d'une heure en fin d'après-midi pèse sur l'indice de toute la journée, alors qu'une pointe de particules limitée à une heure se dilue dans la moyenne journalière (la chimie de formation de l'ozone est détaillée dans notre fiche sur l'ozone troposphérique, qu'il ne faut pas confondre avec l'ozone de la couche d'ozone stratosphérique).
Étape 2 : placer chaque concentration dans la grille#
L'annexe I donne, pour chaque polluant, six classes de concentration en µg/m3. Chaque classe correspond à un qualificatif et à une couleur, fixés par l'article 8. La convention de lecture tient dans une cellule du texte, par exemple « 350 < concentration ≤ 500 » pour le SO2 en classe « Mauvais » : la borne basse est exclue, la borne haute est incluse.
| Qualificatif (couleur) | SO2 (max horaire) | NO2 (max horaire) | O3 (max horaire) | PM10 (moyenne journalière) | PM2,5 (moyenne journalière) |
|---|---|---|---|---|---|
| Bon (bleu) | jusqu'à 100 | jusqu'à 40 | jusqu'à 50 | jusqu'à 20 | jusqu'à 10 |
| Moyen (vert) | plus de 100 à 200 | plus de 40 à 90 | plus de 50 à 100 | plus de 20 à 40 | plus de 10 à 20 |
| Dégradé (jaune) | plus de 200 à 350 | plus de 90 à 120 | plus de 100 à 130 | plus de 40 à 50 | plus de 20 à 25 |
| Mauvais (rouge) | plus de 350 à 500 | plus de 120 à 230 | plus de 130 à 240 | plus de 50 à 100 | plus de 25 à 50 |
| Très mauvais (pourpre) | plus de 500 à 750 | plus de 230 à 340 | plus de 240 à 380 | plus de 100 à 150 | plus de 50 à 75 |
| Extrêmement mauvais (magenta) | plus de 750 | plus de 340 | plus de 380 | plus de 150 | plus de 75 |
Valeurs en µg/m3, annexe I de l'arrêté du 10 juillet 2020. Couleurs de l'article 8.
Deux remarques sur cette grille. D'une part, les couleurs ne suivent pas le réflexe du feu tricolore : « Bon » est bleu et « Moyen » est vert. Quelqu'un qui lit du vert en pensant « tout va bien » se trompe d'une classe. D'autre part, les écarts entre polluants sont considérables : 100 µg/m3 de SO2 restent dans la classe « Bon », alors que 100 µg/m3 d'ozone relèvent de la classe « Moyen » et qu'il suffit de dépasser cette valeur pour passer en « Dégradé ». Comparer des concentrations brutes d'un polluant à l'autre n'a donc aucun sens, seul le qualificatif est comparable.
(Le SO2 de cette grille est le composé qui alimente les pluies acides et une partie du cycle du soufre atmosphérique ; le dioxyde d'azote, lui, n'a rien à voir avec le protoxyde d'azote, gaz absent de l'indice malgré un nom voisin.)
Étape 3 : retenir le pire des cinq#
La règle d'agrégation tient en une phrase de l'article 3 : « L'indice caractérisant la qualité de l'air globale de la journée considérée est égal au sous-indice le plus dégradé. » Pas de moyenne, pas de pondération : le polluant qui se porte le plus mal donne sa couleur à toute la journée. L'article 6 ajoute une obligation de transparence : « Les polluants correspondant au sous-indice le plus dégradé sont précisés. »
Un exemple suffit à le montrer. Prenons une journée d'été construite pour l'exercice (ce ne sont pas des mesures réelles), avec des concentrations placées exactement sur des bornes hautes de la grille pour tester la règle d'inclusion :
- SO2 : maximum horaire de 100 µg/m3, soit « Bon » (100 est la borne haute incluse de la classe) ;
- NO2 : maximum horaire de 90 µg/m3, soit « Moyen » ;
- PM10 : moyenne journalière de 50 µg/m3, soit « Dégradé » ;
- PM2,5 : moyenne journalière de 25 µg/m3, soit « Dégradé » ;
- O3 : maximum horaire de 240 µg/m3, soit « Mauvais » (borne haute incluse : au-delà, on passe en « Très mauvais »).
Résultat : l'indice de la journée est « Mauvais », en rouge, et le polluant déclassant publié est l'ozone. Les quatre autres polluants ne comptent pour rien dans la couleur finale, même si deux d'entre eux sont en « Dégradé ». C'est exactement le cas de figure de l'introduction.
Sur le bien-fondé de cette règle du maximum, mon avis n'est pas arrêté. Pour un message sanitaire quotidien, retenir le pire polluant me semble le choix le plus lisible, mais l'argument inverse se défend : deux polluants en « Dégradé » et un en « Mauvais » ne décrivent pas la même journée qu'un seul polluant en « Mauvais », et la couleur finale ne fait pas la différence. Selon l'Anses, AtmoSud a d'ailleurs lancé en 2023 un indice régional, l'ICAIR (indice cumulé de l'air), qui explore la logique du cumul.
Indice « mauvais » et épisode de pollution : deux dispositifs distincts#
C'est la confusion la plus fréquente, et l'Anses l'écrit noir sur blanc dans son avis du 2 février 2026 (saisine 2025-SA-0116) : « une valeur de l'indice ATMO relevant du qualificatif « mauvais » ne signifie pas forcément qu'un épisode de pollution de l'air soit déclenché par le dépassement d'un seuil, au sens réglementaire, et inversement. » Atmo France dit la même chose en d'autres termes : il n'y a « pas de corrélation directe entre l'indice ATMO et les épisodes de pollution ».
Les épisodes de pollution relèvent d'un autre texte, l'arrêté du 7 avril 2016, avec ses propres seuils d'information-recommandation (SIR) et d'alerte (SA) et ses propres pas de temps. Selon le tableau de l'avis de l'Anses, il s'agit de 50 µg/m3 (SIR) et 80 µg/m3 (SA) en moyenne journalière pour les PM10, de 180 et 240 µg/m3 en moyenne horaire pour l'ozone, de 200 µg/m3 en moyenne horaire (SIR) et 400 µg/m3 en moyenne horaire sur 3 heures (SA) pour le dioxyde d'azote. Ce dispositif ne comporte aucun seuil pour les PM2,5, alors que l'indice ATMO les intègre.
En pratique, un indice rouge sur l'application de votre AASQA ne signifie pas qu'une procédure préfectorale est en cours, et un épisode déclaré ne colore pas forcément l'indice en rouge. L'Anses « recommande de viser une mise en cohérence des messages sanitaires qui découlent de l'application des deux dispositifs ». Les recommandations comportementales associées à chaque qualificatif de l'indice sont, toujours selon l'Anses, établies par le ministère chargé de la santé et diffusées par les AASQA.
Un indice calé sur une référence européenne qui a bougé#
Selon l'Anses, « l'indice ATMO est aligné sur l'indice EAQI, proposé en 2017 par l'AEE, par arrêté du 10 juillet 2020 ». Or cette référence européenne a changé depuis : « Depuis la révision de juillet 2025, les bornes de l'indice européen ont été modifiées et seraient à considérer pour une actualisation de l'indice ATMO. » L'agence emploie le conditionnel, et au 27 septembre 2026 l'arrêté de 2020 reste la version en vigueur.
Le cadre européen pousse dans la même direction. La directive (UE) 2024/2881 du 23 octobre 2024, entrée en vigueur le 10 décembre 2024, demande des indices nationaux fondés a minima sur l'indice européen, avec une mise à jour horaire, et sa transposition est en cours selon l'Anses. La grille publiée plus haut reste donc celle qui s'applique aujourd'hui, et c'est elle qui colore votre carte.
Je fais partie de la génération qui a découvert la qualité de l'air par une pastille de couleur sur un écran de smartphone, bien avant de savoir ce qu'était une AASQA. Il m'a fallu lire l'annexe I pour comprendre que cette pastille résume une heure d'ozone et une journée de particules dans la même couleur, et c'est ce genre de détail qui mérite d'être connu avant de parler de cobénéfices climat-santé à l'échelle d'une ville.
Foire aux questions#
Comment est calculé l'indice ATMO ?#
L'AASQA calcule un sous-indice pour chacun des cinq polluants (SO2, NO2, O3, PM10, PM2,5) en plaçant sa concentration dans la grille de l'annexe I de l'arrêté du 10 juillet 2020. Les gaz sont évalués sur leur maximum horaire, les particules sur leur moyenne journalière. L'indice du jour est égal au sous-indice le plus dégradé, et le polluant déclassant est publié.
Que signifient les couleurs de l'indice ATMO ?#
L'article 8 de l'arrêté associe six qualificatifs à six couleurs : Bon en bleu, Moyen en vert, Dégradé en jaune, Mauvais en rouge, Très mauvais en pourpre, Extrêmement mauvais en magenta. Le vert correspond donc à « Moyen » et non à « Bon », ce qui surprend souvent les lecteurs habitués au code du feu tricolore.
Un indice ATMO « mauvais » veut-il dire qu'il y a un épisode de pollution ?#
Non. L'Anses précise dans son avis du 2 février 2026 qu'un indice « mauvais » ne signifie pas forcément qu'un épisode de pollution est déclenché au sens réglementaire, et inversement. Les épisodes relèvent de l'arrêté du 7 avril 2016, avec des seuils d'information et d'alerte et des pas de temps propres, sans seuil pour les PM2,5.
L'indice ATMO est-il calculé pour ma commune ?#
L'arrêté prévoit un calcul par zone au sein d'un EPCI, et Atmo France indique un calcul quotidien à l'échelle de chaque commune ou au maximum à l'échelle intercommunale. L'indice décrit la pollution de fond de la zone, pas la proximité immédiate du trafic. Votre AASQA publie la liste des stations et une notice technique du calcul.
L'indice ATMO va-t-il changer ?#
Selon l'Anses, les bornes de l'indice européen révisées en juillet 2025 « seraient à considérer » pour une actualisation de l'indice ATMO, et la directive (UE) 2024/2881 est en cours de transposition. Au 27 septembre 2026, l'arrêté du 10 juillet 2020 reste en vigueur dans sa version du 1er janvier 2021 : c'est sa grille qui s'applique.
Sources#
- Arrêté du 10 juillet 2020 relatif à l'indice de la qualité de l'air ambiant, JORF, Légifrance, consulté le 28 septembre 2026
- Arrêté du 10 juillet 2020 relatif à l'indice de la qualité de l'air ambiant, version en vigueur, Légifrance, consulté le 28 septembre 2026
- Arrêté du 10/07/20 relatif à l'indice de la qualité de l'air ambiant, AIDA Ineris, consulté le 28 septembre 2026
- Avis de l'Anses, saisine 2025-SA-0116, 2 février 2026, consulté le 28 septembre 2026
- L'indice ATMO, Atmo France, consulté le 28 septembre 2026





