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Géodiversité : ce que le mot recouvre vraiment

Géodiversité : ce que le mot recouvre vraiment

Par Philippe D.

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Philippe D.

Le mot se présente comme un cousin de la biodiversité, et c'est précisément là que le contresens s'installe. La géodiversité ne décrit pas une variété du vivant : elle décrit la variété de ce qui, dans un milieu, ne vit pas, et elle a changé de statut le 29 janvier 2021, quand une définition en est entrée dans le code de l'environnement. Entre les deux, il y a un demi-siècle de travaux, et surtout deux définitions qu'il faut distinguer pour comprendre ce que le terme protège réellement.

La géodiversité recouvre la diversité des substrats, des formations géologiques, des sols, des reliefs et des processus qui les façonnent. Le glossaire officiel du système d'information sur l'eau en donne une définition technique héritée de Sharples (1995), et l'article L110-1 du code de l'environnement en donne une définition réglementaire, plus large, qui inclut explicitement les interactions avec la faune, la flore et le climat.

Deux définitions, pas une#

Le glossaire du Système d'information sur l'eau définit la géodiversité comme l'« Ensemble des éléments des sous-sols, sols et paysages qui, assemblés les uns aux autres, constituent des systèmes organisés, issus de processus géologiques (SHARPLES, 1995) ». La formulation mérite qu'on s'arrête sur deux de ses mots. « Systèmes organisés » : il ne s'agit pas d'une collection d'objets (une roche ici, un relief là), mais d'un assemblage dont les pièces dépendent les unes des autres. « Processus » : la définition n'immobilise pas le décor, elle le décrit comme en fabrication permanente.

Le même glossaire prolonge la définition par une précision due à Eberhard (1997) : le concept « concerne autant les phénomènes passés de la Terre (traces de vie, d'écosystèmes et d'environnements), observables dans les sous-sols, sols et paysages, que les phénomènes courants actuels (biologiques, climatiques, atmosphériques) qui agissent sur ces mêmes sous-sols, sols et paysages ». Un fossile et l'érosion qui l'expose appartiennent au même objet d'étude.

La définition réglementaire, elle, est plus courte et plus opérationnelle. Le code de l'environnement, à l'article L110-1, tel que modifié par la loi n° 2021-85 du 29 janvier 2021 (celle qui visait à définir et protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises), énonce : « Diversité géologique, géomorphologique, hydrologique et pédologique ainsi que l'ensemble des processus dynamiques qui les régissent, y compris dans leurs interactions avec la faune, la flore et le climat. »

Définition techniqueDéfinition réglementaire
Origineglossaire du système d'information sur l'eau, d'après l'INPNarticle L110-1 du code de l'environnement
Date d'entrée dans le droit françaisaucune valeur juridiqueloi n° 2021-85 du 29 janvier 2021
Périmètresous-sols, sols, paysages, processus géologiquesgéologie, géomorphologie, hydrologie, pédologie
Vivantexclu du périmètre propreinteractions explicitement incluses

Traduit dans les faits : la définition légale ne se contente pas de nommer des objets inanimés, elle les relie au vivant. C'est ce qui rend le terme utile à une politique de conservation, et ce qui le distingue d'un simple inventaire de pierres.

La géodiversité n'est pas la géologie#

Une discipline et un concept ne se recouvrent pas. La géologie est une science ; la géodiversité est un outil de description et de gestion, apparu, selon l'étude rétrospective publiée dans la revue Geographie Helvetica en 2007, sous la forme « geodiversities » dans les années 1940 sous la plume du géographe argentin Federico Alberto Daus, dans un contexte de géographie culturelle visant à différencier des espaces. Les formulations opératoires viennent ensuite des travaux repris par le glossaire français, Sharples (1995) et Eberhard (1997), et le chercheur Gray, cité par la même étude de 2007, en dresse la liste des composantes : histoire de la Terre, tectonique, minéraux, roches, sédiments, fossiles, formes du relief et processus géomorphologiques, sols.

Ce que la lecture de ces travaux impose, c'est une prudence sur les dates : la source académique consultée ici fait remonter le terme aux années 1940, pas à une date unique de naissance du concept.

Comment la France protège ses objets géologiques#

Le droit français n'a pas attendu 2021 pour protéger des sites géologiques, mais il l'a fait par un détour : par les réserves naturelles. Des réserves sont créées spécifiquement dès 2001 pour protéger le patrimoine géologique remarquable, avec une grille d'évaluation explicite : intérêt scientifique, intérêt pédagogique, intérêt historique, rareté et état de conservation. Chaque réserve doit en outre faire l'inventaire de son patrimoine géologique et l'intégrer à son plan de gestion.

Le décompte officiel, publié par le service statistique du ministère de la Transition écologique (données mises à jour le 24 février 2017), donnait en octobre 2015 vingt réserves créées spécifiquement sur ce fondement scientifique, et 52 réserves créées pour des espèces ou des milieux rares mais conservant le patrimoine géologique par surcroît. Au total, 72 réserves naturelles assuraient alors la conservation d'un patrimoine géologique, dont 57 nationales et de Corse et 15 régionales, soit un peu moins d'un quart de l'ensemble des réserves naturelles de France.

Le chiffre a bougé depuis, dans l'autre sens de la précision : l'association Réserves Naturelles de France annonce 126 réserves abritant un patrimoine géologique identifié, contre 81 sites dans la version de septembre 2020 de sa carte, le bond venant de la publication, fin 2021, des données de l'Inventaire national du patrimoine géologique. Les deux chiffres ne se contredisent pas : ils ne comptent pas la même chose, ni à la même date, ni avec la même méthode.

Quant aux objets protégés, la liste officielle est précise : affleurements, roches, minéraux, fossiles, formations ou structures, les plus nombreux étant les formations sédimentaires et les stratotypes, ces affleurements-types utilisés comme référence internationale. Quatre exemples français résument la gamme.

SiteCe qui est protégéRepère
Réserve naturelle nationale d'Hettange-Grande (Moselle)stratotype de l'Hettangienétage du Jurassique inférieur entre -205 et -201 Ma
Falaise du Cap Romain (Calvados)récifs d'éponges fossilesformés il y a 165 Ma dans une mer tropicale peu profonde
Grotte TM 71 (Aude)concrétions remarquablesaragonites bleues et stalagmites blanches en réseau karstique
Réserve naturelle nationale Françoise le Bail, île de Groixroches de métamorphismeschistes bleus

Le sol, qui est la surface de contact entre la géodiversité et le vivant, a sa propre fiche : la pédologie et les types de sols de France. Que les roches participent au climat, c'est ce que montre l'altération des silicates comme thermostat géologique. Et que le vivant façonne les formes du sol, c'est l'objet de la bioturbation et de l'humus. La protection de l'espace, elle, se cadre par les catégories d'aires protégées de l'UICN.

Les géoparcs, l'autre guichet#

Deuxième dispositif, international celui-là : le label « Géoparc mondial de l'UNESCO », décerné à des zones au patrimoine remarquable dont la préservation est jugée utile à l'humanité, et qui reconnaît les liens entre l'héritage géologique et le patrimoine naturel, culturel et immatériel d'une région. En juin 2024, le ministère relevait 213 sites labellisés dans 48 pays, dont 9 en France. L'année 2024 en a ajouté deux : le parc naturel de Normandie-Maine (257 000 hectares selon le CGDD) et le parc naturel d'Armorique (125 000 hectares), lors d'une promotion de 18 nouveaux géoparcs approuvée par le Conseil exécutif de l'UNESCO.

Faut-il voir dans l'entrée de la géodiversité au code de l'environnement un progrès juridique effectif ou une addition de vocabulaire ? Je ne trancherai pas ici, faute de critère objectif pour mesurer l'effet de la définition sur les décisions contentieuses depuis 2021 ; les deux lectures se défendent, et la seconde a pour elle le fait que la protection, en pratique, continue de passer par les classements en réserve et par les documents de gestion.

FAQ#

La géodiversité, est-ce la même chose que la biodiversité ?#

Non. La biodiversité décrit la variété du vivant ; la géodiversité décrit la variété des substrats, des formations, des sols, des reliefs et des processus qui les produisent. La définition légale française inclut toutefois leurs interactions avec la faune, la flore et le climat, ce qui rapproche les deux objets sans les confondre.

Le terme a-t-il une valeur juridique en France ?#

Oui, depuis la loi n° 2021-85 du 29 janvier 2021, qui a introduit une définition de la géodiversité à l'article L110-1 du code de l'environnement, aux côtés du patrimoine sensoriel.

Quels objets concrets la géodiversité couvre-t-elle ?#

Les affleurements, les roches, les minéraux, les fossiles, les formations et les structures, mais aussi les sols, les eaux souterraines et les formes du relief, ainsi que les processus actuels comme l'érosion ou l'altération.

Comment la géodiversité est-elle protégée en France ?#

Par les réserves naturelles, dont certaines sont créées sur un critère géologique depuis 2001, par l'inventaire national du patrimoine géologique, et par le label international de géoparc mondial de l'UNESCO, que neuf sites français portaient en juin 2024.

Sources#

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