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Tourbière : définition, tourbe et stock de carbone

Par Philippe D.

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Philippe D.

Les tourbières couvrent moins de 3 % de la surface des terres émergées, selon l'OFB, mais stockent environ 30 % du carbone terrestre. Deux chiffres nets, publiés pour un milieu qui n'a pas de définition scientifique consensuelle : l'UICN constate l'absence de consensus sur ce que recouvrent les mots « tourbière » et « tourbe ».

Une tourbière n'a donc pas de définition scientifique commune : le GIEC n'en donne aucune, et l'UICN le constate. Quant aux parts de carbone, elles se lisent avec leur total : 33 % du carbone des sols selon l'UICN, environ 30 % du carbone terrestre selon l'OFB, deux mesures qui ne se superposent pas.

Peut-on chiffrer un milieu qu'on ne sait pas définir ?#

Dans sa résolution 8.003, présentée au Congrès mondial de la nature 2025 à Abou Dhabi, l'UICN relève qu'il n'existe pas de consensus scientifique sur une définition. Elle pointe le risque qui en découle : des définitions arbitraires, généralement basées sur la seule profondeur. Le texte tient en deux pages, je l'ai lu en entier, et c'est court pour reconnaître qu'on ne sait pas encore dire d'un commun accord ce qu'est une tourbière.

Parmi les caractéristiques que l'UICN demande de retenir pour la définition figurent :

  1. l'étendue minimale ;
  2. la profondeur et le taux d'accumulation ;
  3. la composition des espèces végétales et la teneur en matière organique ;
  4. la teneur en carbone et la masse volumique de la tourbe.

Le Supplément 2013 du GIEC (IPCC en anglais) sur les zones humides écrit de son côté qu'il n'existe aucune définition IPCC de la tourbe ni de la tourbière. Il considère la tourbière comme comprise dans les sols organiques, dont le premier critère est un horizon organique d'au moins 10 cm, assorti de conditions sur la teneur en carbone organique.

Entre une définition fondée sur la seule profondeur et une liste de critères comme celle de l'UICN, je pencherais pour la liste. Pour situer la tourbière parmi les autres milieux humides, la fiche sur les zones humides donne le cadre général.

À quel total se rapporte chaque pourcentage ?#

Devant un pourcentage, mon premier réflexe d'ingénieur est de demander « de quoi ? ». Le tableau ci-dessous garde, pour chaque chiffre, le total auquel sa source le rapporte.

Chiffre publiéTotal auquel il se rapporteSource
Moins de 3 %surface des terres émergées (une surface, pas du carbone)OFB
3 %surface des terres (une surface, pas du carbone)UNEP/GEF, rapport de 2008
Environ 30 %carbone terrestreOFB
Près de 30 %carbone sur les terresUNEP/GEF, rapport de 2008
Près de 30 %carbone des sols dans le mondeUNEP/GEF, rapport de 2008
33 %carbone des solsUICN, résolution 8.003
4 %émissions anthropiques de carbone, quand les tourbières sont dégradéesUICN, résolution 8.003
Environ 4 %émissions de gaz à effet de serre, attribuées à la dégradationTour du Valat, dépliant
Au moins 550 Gtcarbone contenu dans la tourbe (une quantité, pas un pourcentage)UNEP/GEF, rapport de 2008
89 %surfaces d'habitats tourbeux français en état de conservation défavorablePôle-relais tourbières

Trois lectures se prêtent à la confusion. Le « près de 30 % » du rapport de 2008 apparaît deux fois, pour deux totaux différents : le carbone sur les terres, puis le carbone des sols dans le monde. Le 33 % de l'UICN porte aussi sur les sols, mais il vient d'un texte de 2025 : il ne remplace pas le chiffre de 2008, c'est une autre mesure. Quant au 3 %, c'est toujours une surface, jamais une part du carbone.

Les deux « 4 % » ne sont pas non plus le même chiffre. L'UICN le rapporte aux émissions anthropiques de carbone, lorsque les tourbières sont dégradées. La Tour du Valat attribue environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre à leur dégradation ; la liste des gaz à effet de serre et de leurs sources aide à situer le carbone parmi eux. Dans la même logique, une réserve de carbone peut devenir une source d'émissions : la fiche sur la bombe carbone en donne d'autres exemples.

Côté stock absolu, le rapport UNEP/GEF de 2008 avance au moins 550 Gt de carbone dans la tourbe, soit 550 milliards de tonnes. Il compare ce stock à la biomasse : la tourbe contient autant de carbone que toute la biomasse terrestre, et deux fois plus que toute la biomasse forestière mondiale. Le Pôle-relais tourbières reprend l'ordre de grandeur, près de 550 milliards de tonnes de carbone, en citant des travaux de 2008. Un stock n'est pas un flux : pour la circulation du carbone entre atmosphère, sols et océans, le cycle du carbone pose les bases. Pour un autre milieu qui stocke du carbone, côtier cette fois, voir le carbone bleu des mangroves et des herbiers.

Combien de temps met la tourbe à se former ?#

La tourbe peut être composée jusqu'à 50 % de carbone, selon la plaquette du Pôle-relais tourbières. Les sources chiffrent sa formation de façons différentes :

  • le Pôle-relais tourbières indique environ 1 mm par an, et précise que la tourbe n'est pas une ressource renouvelable à l'échelle humaine ;
  • le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin estime l'accumulation moyenne annuelle à 1 mm, dans sa brochure sur Baupte ;
  • selon Reporterre, qui cite le Pôle-relais tourbières, elle ne prend qu'un millimètre par an, parfois moins ;
  • selon Futura (28 mars 2026), 100 ans sont nécessaires pour environ cinq centimètres, voire plusieurs millénaires pour la tourbe brune ;
  • selon l'OFB, il faut entre 100 et 1 000 ans pour que quelques centimètres de tourbe se forment.

Ces formulations n'expriment pas la même chose : une moyenne annuelle d'un côté, une épaisseur pour une durée donnée de l'autre. Je ne les ramène pas à une valeur unique. Le point commun est l'échelle de temps.

Où en sont les tourbières et la tourbe en France ?#

Selon le Pôle-relais tourbières, la superficie des tourbières françaises, supérieure à 200 000 hectares vers 1945, s'est vu réduire de moitié en cinquante ans, pour être estimée aujourd'hui à moins de 100 000 hectares. Le même Pôle-relais indique que 89 % des surfaces d'habitats tourbeux français sont dans un état de conservation défavorable. Le total, ici, ce sont des surfaces d'habitats, et non du carbone : ce chiffre ne se combine avec aucun de ceux du tableau.

Côté usage, l'essentiel de la tourbe utilisée en France est importé, principalement d'Irlande et des pays baltes, toujours selon le Pôle-relais. Elle servait historiquement de combustible ; en France, elle sert désormais essentiellement à l'horticulture. Selon Reporterre, la majorité des terreaux utilisés en France sont à base de tourbe.

Sur la production, un article de Futura publié le 13 juin 2020 indique que la France ne produit que 3,5 à 4 millions de m³ de tourbe par an, contre 34,5 dans le reste de l'Europe. Ce chiffre vient d'un article de 2020, à ne pas lire comme une donnée actuelle.

À Baupte, deux documents du Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, une brochure de 2025 et le compte rendu d'un comité opérationnel du 27 septembre 2022, annoncent la fin de l'exploitation de la tourbe pour la fin 2026. Pour savoir ce que donne la restauration de ces milieux, voir l'article sur la restauration des tourbières en France.

Ce qu'on demande souvent sur la tourbière#

La tourbière et la tourbe ont-elles une définition officielle ?#

Pas de définition commune : l'UICN constate l'absence de consensus scientifique sur une définition de la tourbière et de la tourbe, et le Supplément 2013 du GIEC indique qu'il n'existe aucune définition IPCC de ces deux termes. Le GIEC range la tourbière parmi les sols organiques, avec un horizon organique d'au moins 10 cm comme premier critère.

Combien de carbone les tourbières stockent-elles ?#

Cela dépend du total auquel on rapporte le stock. Selon l'UICN, 33 % du carbone des sols. Selon l'OFB, environ 30 % du carbone terrestre, pour moins de 3 % de la surface des terres émergées. En valeur absolue, le rapport UNEP/GEF de 2008 avance au moins 550 Gt de carbone dans la tourbe. Ces mesures ne s'additionnent pas.

La tourbe est-elle une ressource renouvelable ?#

Pas à l'échelle humaine, selon le Pôle-relais tourbières, qui donne environ 1 mm par an. Le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin retient aussi 1 mm en moyenne annuelle. Futura cite 100 ans pour environ cinq centimètres, l'OFB entre 100 et 1 000 ans pour quelques centimètres : des durées et des épaisseurs, pas une même vitesse.

D'où vient la tourbe utilisée en France ?#

L'essentiel est importé, principalement d'Irlande et des pays baltes, selon le Pôle-relais tourbières. La tourbe servait historiquement de combustible ; en France, elle sert désormais essentiellement à l'horticulture. Selon Reporterre, la majorité des terreaux utilisés en France sont à base de tourbe.

Les deux « 4 % » sont-ils le même chiffre ?#

Non. L'UICN donne 4 % des émissions anthropiques de carbone, lorsque les tourbières sont dégradées. La Tour du Valat donne environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre. Les deux totaux diffèrent, et les deux valeurs ne se remplacent pas.

Sources#

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