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Sécheresse : définition, types et indicateurs officiels

Sécheresse : définition, types et indicateurs officiels

Par Julien P.

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Julien P.

En 1993, deux chercheurs du Colorado, T.B. McKee et N.J. Doesken, avec leur collègue J. Kleist, mettaient au point un indice censé mesurer objectivement quelque chose que les paysans savaient depuis toujours sans le chiffrer : le manque de pluie. Trente-trois ans plus tard, cet indice sert encore de référence internationale, pendant qu'en France l'été 2026 aligne des chiffres qui, eux, ne doivent rien à la statistique climatique de long terme.

La sécheresse est un épisode de manque d'eau suffisamment long et marqué pour affecter les sols, la végétation ou les réserves en eau. On en distingue trois types (météorologique, agricole, hydrologique), mesurés par des indicateurs officiels comme le SPI ou le SWI, et encadrés en France par quatre niveaux réglementaires : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise.

Une définition, trois manques d'eau différents#

Le portail officiel Géorisques, porté par le BRGM et le ministère de la Transition écologique, retient une définition volontairement large : la sécheresse est "un épisode de manque d'eau plus ou moins long, mais suffisant pour que les sols et la flore soient affectés". Cette formulation a un mérite qu'on oublie souvent de souligner : elle ne parle pas d'un phénomène unique, mais d'une famille de phénomènes qui n'avancent pas au même rythme.

Le ministère de l'Agriculture distingue trois types de sécheresse, chacun avec sa propre définition officielle. La sécheresse météorologique est "liée à une pénurie de précipitations pendant une période prolongée" : c'est le déficit de pluie lui-même, mesuré à l'échelle de quelques semaines à quelques mois. La sécheresse agricole, aussi appelée édaphique, survient "quand ce manque de pluie a une incidence directe sur les sols et la végétation" : les cultures souffrent avant même que les rivières ne baissent. La sécheresse hydrologique, enfin, apparaît "quand les réserves en eau des nappes, des cours d'eau et des lacs descendent en dessous de la moyenne" : c'est la plus lente à s'installer, et la plus lente à se résorber.

Ce décalage temporel n'est pas un détail technique. Une sécheresse météorologique peut se terminer en quelques semaines de pluies abondantes sans que la sécheresse hydrologique qui l'a suivie ne se résorbe pour autant, la nappe phréatique mettant des mois à se recharger. C'est précisément cette différence de temporalité que les indicateurs officiels cherchent à capturer, chacun à sa propre échelle. Cette lenteur de récupération distingue aussi la sécheresse d'un phénomène voisin mais plus structurel, la désertification, qui désigne une dégradation durable des terres et pas seulement un épisode ponctuel de manque d'eau.

Le SPI, l'indicateur de référence mondiale#

Le Standardized Precipitation Index (SPI), conçu en 1993 par McKee, Doesken et Kleist à l'Université d'État du Colorado, ne mesure que les précipitations, rien d'autre. C'est un choix méthodologique délibéré : en se limitant à une seule variable, l'indice reste calculable presque partout dans le monde, avec des séries de données parfois anciennes de plusieurs décennies.

Le guide officiel de l'Organisation météorologique mondiale (OMM-N°1090) fixe un seuil précis : "une sécheresse sévit quand l'indice présente de façon continue une valeur négative de -1,0 ou moins et se termine lorsque l'indice devient positif". Le même guide affine cette lecture avec une échelle d'intensité, reprise du système de classification établi par McKee et ses coauteurs en 1993 : un SPI entre -1,0 et -1,49 signale un épisode modérément sec, entre -1,5 et -1,99 un épisode très sec, et à -2 et en dessous, un épisode extrêmement sec. L'échelle est symétrique côté humide.

Échelle temporelle du SPIType de sécheresse évalué
1 à 2 moisSécheresse météorologique
1 à 6 moisSécheresse agricole
6 à 24 mois, voire plusSécheresse hydrologique

Ce tableau, tiré du guide OMM, dit quelque chose d'important sur la nature même du phénomène : le même indice, calculé sur des fenêtres temporelles différentes, permet de suivre les trois types de sécheresse avec un seul outil statistique. Il faut nuancer toutefois : la simplicité du SPI, qui ne prend en compte que la pluie, est aussi sa limite, puisqu'elle ignore l'évapotranspiration, la texture des sols ou la végétation présente, autant de variables que le stress hydrique intègre pour sa part à une échelle mondiale.

Les indicateurs français : sols, cours d'eau, nappes#

Météo-France ne s'appuie pas sur le SPI pour son suivi opérationnel des sols. L'organisme calcule l'indice d'humidité des sols (SWI, Soil Wetness Index), qui "représente, sur une profondeur d'environ deux mètres, l'état de la réserve en eau du sol par rapport à la réserve utile", à partir du modèle Safran-Isba-Modcou (SIM). Une version standardisée, le SSWI, décline ce calcul « pour différents pas de temps d'agrégation : 1 mois, 3 mois, 6 mois, 12 mois », selon le portail DRIAS-Eau de Météo-France, pour affiner l'analyse de la sécheresse des sols.

Pour les cours d'eau, l'Hydroportail (SCHAPI-OFB) utilise deux indicateurs techniques précis. Le QMNA5 est défini comme "le débit calculé par ajustement statistique comme étant le débit mensuel minimal quinquennal, c'est-à-dire ayant 80 % de chance (ou 4 chances sur 5) d'être dépassé chaque année". Le VCN3 (ou VCN10 sur dix jours) désigne, selon la même source, le "débit calculé par ajustement statistique comme étant le débit moyenné sur 10 jours (resp. 3 jours) minimal ayant 80 % de chance d'être dépassé chaque année". Ce sont des seuils statistiques, pas des mesures brutes : ils situent un débit observé par rapport à ce qu'on attendrait une année sur cinq.

Pour les nappes phréatiques, le BRGM a développé l'Indicateur Piézométrique Standardisé (IPS), une méthodologie inspirée du SPI mais appliquée aux niveaux d'eau souterraine, avec des valeurs numériques réparties sur une échelle de -3 à +3.

Quatre niveaux réglementaires, une base légale précise#

En France, la gestion de crise sécheresse repose sur un texte daté : le décret n°2021-795 du 23 juin 2021, publié au Journal officiel le 24 juin 2021. Il a introduit dans le code de l'environnement l'article R211-66, en vigueur depuis le 25 juin 2021, qui fixe noir sur blanc que "les mesures sont graduées selon les quatre niveaux de gravité suivants : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise".

La base légale de ces restrictions remonte plus haut encore, à l'article L211-3 du code de l'environnement, qui autorise l'autorité administrative à "prendre des mesures de limitation ou de suspension provisoire des usages de l'eau, pour faire face à une menace ou aux conséquences d'accidents, de sécheresse, d'inondations ou à un risque de pénurie". Ces quatre niveaux ne sont pas de simples étiquettes : ils déclenchent, préfecture par préfecture, des restrictions d'usage graduées, du simple appel à la sobriété jusqu'à la limitation des usages non prioritaires.

L'été 2026, chiffré et daté#

Ces indicateurs ne servent à rien tant qu'on ne les regarde pas. L'été 2026 leur a donné de la matière. Selon un communiqué du ministère chargé de la Transition écologique, publié le 10 août 2026 (mis à jour le 12 août 2026), la situation au 9 août 2026 était la suivante : 99 départements métropolitains, soit l'ensemble du territoire, étaient à minima en seuil de vigilance ; parmi eux, 67 départements étaient placés en situation de crise, et 21 en alerte renforcée. Cette photographie évolue en continu au fil des arrêtés préfectoraux : la situation département par département se consulte en temps réel sur la plateforme officielle VigiEau.

Côté nappes, le BRGM signalait, dans un communiqué du 20 juillet 2026 portant sur l'état au 15 juillet 2026, que 94 % des niveaux de nappes étaient en baisse, et que 60 % des points d'observation se situaient sous les normales mensuelles. Ce sont deux mesures distinctes, l'une réglementaire et instantanée, l'autre hydrogéologique et plus lente à bouger, mais elles racontent la même tendance de fond.

Sécheresse hydrologique, agricole, météorologique : laquelle inquiète le plus ?#

Sur ce point, j'hésiterais presque à trancher entre la sécheresse météorologique, spectaculaire mais réversible en quelques semaines de pluie, et la sécheresse hydrologique, plus discrète mais qui met des mois à se résorber une fois installée dans les nappes : les deux racontent une histoire différente du même été, et je n'ai pas de préférence tranchée sur celle qui mérite le plus d'attention médiatique.

Ce que les chiffres de 2026 rappellent, à leur façon, c'est que la sécheresse ne s'arrête jamais net. Un indice météorologique peut redevenir positif en quelques semaines quand un indicateur hydrologique, lui, continue de refléter un déficit accumulé sur plusieurs saisons. C'est cette inertie propre aux nappes qui explique pourquoi le nexus eau-énergie-alimentation reste sous tension bien après que la pluie soit revenue, et pourquoi la distinction entre eau verte et eau bleue garde tout son sens pour comprendre où, exactement, le déficit se loge.

Foire aux questions#

Quelle est la différence entre sécheresse météorologique et sécheresse agricole ?#

La sécheresse météorologique se définit par un déficit de précipitations sur une période prolongée. La sécheresse agricole, ou édaphique, survient quand ce manque de pluie affecte directement les sols et la végétation. La première peut précéder la seconde de plusieurs semaines, selon les définitions officielles du ministère de l'Agriculture.

Qu'est-ce que le SPI et comment se lit-il ?#

Le Standardized Precipitation Index, conçu en 1993 par McKee, Doesken et Kleist, mesure les précipitations sur une échelle standardisée. Selon le guide de l'OMM, une sécheresse démarre quand l'indice descend à -1,0 ou en dessous de façon continue, et se termine quand il redevient positif. Entre -1,0 et -1,49, l'épisode est dit modérément sec ; à -2 et en dessous, extrêmement sec.

Combien de niveaux réglementaires de sécheresse existent en France ?#

Quatre : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise, fixés par l'article R211-66 du code de l'environnement, issu du décret n°2021-795 du 23 juin 2021. Chaque niveau déclenche des restrictions d'usage de l'eau graduées, décidées au niveau préfectoral.

Qu'est-ce que le QMNA5 ?#

Le QMNA5 est un indicateur technique de l'Hydroportail : le débit mensuel minimal quinquennal d'un cours d'eau, c'est-à-dire le débit qui a 80 % de chance d'être dépassé chaque année. Il sert de référence pour caractériser les situations d'étiage sévère.

Où consulter les restrictions d'eau en vigueur dans son département ?#

La plateforme officielle VigiEau centralise les restrictions par commune, à partir des arrêtés préfectoraux. Au 9 août 2026, 99 départements métropolitains étaient à minima en vigilance, selon le ministère chargé de la Transition écologique.

Sources#

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