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Pollution lumineuse

ENlight pollution

L’éclairage urbain, principale source de pollution lumineuse, répond à certains besoins de notre société moderne en termes de confort et de sécurité civile et routière notamment. Mais elle relève également d’une conception purement esthétique, celle des '' villes lumières '' des années 70, une mentalité bien ancrée dans notre culture et qui perdure encore aujourd’hui. Or, chercheurs et amateurs s’unissent aujourd’hui pour dénoncer l’excès de lumière artificielle nocturne comme une pollution lumineuse. Ce fléau lumineux, qui empêche d’une part les hommes de contempler les étoiles et gêne les astronomes dans leurs observations, menace également la biodiversité (perturbations sur la faune et la flore) et génère un gaspillage énergétique et économique considérable. Depuis une vingtaine d’années, les astronomes tirent le signal d’alarme : la nuit est en voie de disparition. Malgré leurs alertes sur la pollution lumineuse, il aura fallu attendre les années 1990 pour observer une véritable prise de conscience et pour que l’impact de l’excès de lumière fasse l’objet d’études à travers le monde. Pour comprendre l’importance du phénomène, il faut savoir que près de 20% de la surface du globe peut être considérée comme atteinte par la pollution lumineuse. Ce fléau lumineux est devenu tellement prégnant qu’en 2001, l’équipe de l’astronome italien Cinzano publia le premier '' Atlas mondial de la clarté artificielle du ciel nocturne ''. Première mappemonde nocturne, il permet de visualiser l’étendue de la lumière artificielle à l’échelle planétaire et donne ainsi les premières estimations chiffrées des populations touchées par l’excès de lumière. Selon ces chercheurs, environ 2/3 de la population mondiale - et 99% de la population des Etats-Unis (hors Alaska et Hawaï) et de l'Union Européenne - vivrait dans des régions où le ciel nocturne dépasse le seuil fixé pour le statut de ciel pollué. Conséquence directe de ce problème, la moitié de la population de l’Union Européenne qui vit dans ou à proximité des métropoles ne pourrait plus observer à l’oeil nu la Voie Lactée. Désormais, dans nos villes, guère plus d'une vingtaine d’étoiles reste visible dans le ciel contre plus de 2 000 par temps clair en campagne. La pollution lumineuse est la deuxième cause de mortalité chez les insectes : Les insectes représentent 80% des espèces animales et constituent un maillon essentiel de la chaîne alimentaire et de la biodiversité (pollinisation). Qu’ils soient lumifages (attirés par la lumière) ou lumifuges (fuyant la lumière), ils paient un lourd tribut à l’éclairage artificiel. Attirés par la lumière (phénomène de phototaxie positive), moustiques, papillons, mouches, coléoptères meurent en masse autour de ces pièges de lumière et deviennent des proies faciles pour leurs prédateurs. En saison estivale, on estime qu’il meurt environ 150 insectes par nuit sur chaque lampe et la France compte plus de 8,7 millions de points lumineux. En décimant des populations entières d’insectes, l’éclairage artificiel modifie profondément les écosystèmes et l’équilibre de la chaîne alimentaire. La pollution lumineuse désoriente les oiseaux dans l’espace et dans le temps : Les conséquences négatives sur l’avifaune sont particulièrement sensibles lors de la migration. Environ 2/3 des oiseaux migrateurs se déplacent de nuit et s’orientent grâce à la position des étoiles. Cette boussole stellaire n’est pas innée, elle est acquise avant le vol migratoire. Lors des déplacements migratoires, les lumières artificielles provenant d’édifices tels que les phares, les tours, les plates-formes pétrolières, occasionnent des mortalités très importantes – estimées à plusieurs millions par an - soit par collision directe soit par épuisement et prédation. D’autre part, l’éblouissement des oiseaux est un facteur aggravant dans les collisions avec les véhicules. La pollution lumineuse modifie profondément les comportements des mammifères : Beaucoup d’espèces de mammifères terrestres manifestent une répulsion vis-à-vis des zones éclairées, ce qui fragmente leur habitat naturel et modifie leurs comportements de chasse et de reproduction. Une sur-illumination occasionnée par une simple lampe à pétrole est suffisante pour réduire significativement la recherche alimentaire de micromammifères. Les chiroptères – comme les chauves-souris – semblent être les plus affectés par la pollution lumineuse. Des études récentes montrent que l’éclairage nocturne peut aller jusqu’à la destruction de colonies de reproduction. La lumière artificielle peut également avoir des conséquences inattendues sur les mammifères marins, Des chercheurs ont observé des rassemblements anormaux de phoques veaux marins qui viennent chasser des saumons juvéniles lors de la dévalaison et brident sérieusement la dynamique de population de ces poissons. L’impact sur la chaîne alimentaire et sur la survie de certaines espèces est donc significatif. La pollution lumineuse impact la reproduction et la chasse dans le monde aquatique et amphibien : Chez les poissons et les invertébrés aquatiques, certaines études révèlent un phénomène d’attraction par la lumière artificielle, d’autres mettent en évidence une forte augmentation de l’activité nocturne. Les changements de l’intensité lumineuse peuvent totalement modifier les relations proies/prédateurs. Par exemple, l’éclairage artificiel peut conduire le zooplancton à remonter régulièrement vers la surface et, de ce fait, à être victime d’une intense prédation. Chez les reptiles, les jeunes tortues marines éclosent de nuit et s’orientent par rapport à la clarté naturelle de la mer ; or, en prenant pour repères les lumières artificielles, les jeunes tortues rampent dans la mauvaise direction et meurent, victimes des prédateurs et de la chaleur après le lever du jour. L’intensité lumineuse prolongée influe par ailleurs sur les modes de reproduction et d’alimentation des espèces, dont les amphibiens. Des études récentes ont montré que des grenouilles placées dans un enclos à proximité d’un stade football stoppaient toute activité de reproduction lorsque ce dernier était éclairé. Par ailleurs, certaines espèces chassent avec une intensité lumineuse très faible, d’autres au contraire préfèrent des intensités plus fortes. Dès lors, l’homogénéisation de l’intensité lumineuse modifie les comportements alimentaires et provoque notamment des compétitions inter-spécifiques. L’obscurité est un facteur essentiel du développement des végétaux : De nombreuses études ont été réalisées sur l’influence de la lumière sur la croissance des plantes : Si les plantes utilisent l’obscurité de différentes façons, ce « noir » conditionne aussi le fonctionnement de leur métabolisme et leur développement. Les plantes à fleurissement éphémère nécessitent par exemple de longues nuits. Surexposer certains végétaux à la lumière peut ainsi avoir des conséquences la germination, la croissance, l’expansion des feuilles, la floraison, le développement des fruits et la sénescence. Or il s’agit de rappeler que les enjeux de ce phénomène peuvent être de taille, comme l’induisent certaines études. Des chercheurs ont par exemple démontré qu’il existe une corrélation entre la présence de lumière artificielle et un retard de croissance du riz. L’une des solutions à ce problème de pollution lumineuse pourrait résider dans le projet de relier des coeurs de nature déjà existants (forêts, parcs naturels par exemple) par des corridors biologiques (par exemple des accotements routiers en herbes, des sentiers, des zones humides) afin d’assurer un continuum paysager et biologique. L’impact de la pollution lumineuse sur la santé humaine : La lumière intrusive désigne la lumière qui éclaire des zones inutilement et qui interfère directement sur la vie privée : chambre à coucher, camping, hôtel, hôpital…Selon des chercheurs de l'Université de Toronto (Canada), notre exposition quotidienne à la lumière électrique a considérablement augmenté pour atteindre jusqu'à 7 heures par jour en moyenne. Or, comme tous les mammifères, l’homme, possède des récepteurs qui recalent son horloge biologique. Outre la simple gêne des habitants, les recherches actuelles tentent de mettre en évidence les effets de dérèglement nerveux et hormonal chez l’homme provoqués par cette surexposition non naturelle. Celle ci pourrait être l’un des facteurs à l’origine de l’augmentation de l’incidence des cancers. En effet, sous l'effet de la lumière artificielle, l'épiphyse (petite glande située dans le cerveau) diminue nettement la production de mélatonine - également appelée « hormone du sommeil » - dont les bienfaits seraient multiples : anti-vieillissement, frein au développement des tumeurs, stabilisateur de la tension, maintien de la libido... (Source : Ministère de l’écologie – 2008)

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